Il m'aura fallu plus de 4 mois pour que je puisse être autorisé à m'exprimer et expliquer
les raisons d'un départ aussi brutal qu'étonnant pour beaucoup et tout en expliquant, vous prouver l'amitié que je porte aux routiers
LETTRE OUVERTE AUX ROUTIERS
" Comment rêver le transport routier français de demain"
Je n'ai pas choisi "routiers" au hasard. Certains se considèrent aujourd'hui chefs
d'entreprises, capitaines d'industrie, industriels du transport et de la logistique et encore de bien d'autres noms pompeux qui ne font pas plus d'effet qu'un pet de poule sur une toile cirée
(dixit Harry Potin).
Routiers parce qu'en 2002 je suis tombé, comme Obelix, dans le tonneau de la passion du
transport routier qui ne m'a plus quitté.
Cette passion, je l'ai d'abord découverte chez les "boiseux" du Haut Jura
et du Haut Doubs. Nous étions 5 ou 6 "Chez la Marie" à Ney près de Champagnole. Pour comprendre les transporteurs, il faut comprendre les "boiseux".
Ces boiseux, ces grumiers que tout le monde accable sont des professionnels hors
normes et des hommes généreux…..ce qui m'a fait dire un jour à un gendarme "que je préférais un grumier en surcharge de 10 tonnes mais chargé au carré qu'une remorque sans surcharge avec des
kilos de copeaux de résineux sur la route" (il n'avait pas apprécié).
Ma passion a été aussi de me heurter parfois brutalement (verbalement s'entend) à certains
inspecteurs (trices) du travail. L'un à qui je disais "être à ses côtés lorsque l'on aurait affaire à des patrons voyous, je savais lui dire les yeux dans les yeux qu'il m'aurait en face de lui
si c'était lui le voyou", ce qui me valut une lettre recommandée de la Directrice régionale de l'époque.
Ma passion a été enfin d'être politiquement incorrect, presque par principe.
Défendre une profession aussi talentueuse, compétente et passionnée suppose quelques
sacrifices. Et nombreux sont les permanents des organisations professionnelles à faire ces sacrifices.
Sauf que la défense d'une profession indispensable à l'économie et maillon essentiel de
l'aménagement des territoires, ne peut faire l'économie de combats au risque pour certain(e)s élu(e)s et/ou permanent(e)s de ne plus fréquenter les salons feutrés du Boulevard St Germain ou des
Préfectures de région.
Ceux là j'en ai connu qui "ont fait carrière", d'autres qui ont disparu, certains
maintenant sur le départ (attendant la Jacob Delafon*)
D'autres étaient d'une autre trempe. Le premier nous a quittés trop vite : Jacques Henri
GARBAN, homme érudit, fine plume aux fines escarmouches. La profession aurait mérité le garder plus longtemps
Un autre, que je connais mieux et dont je suis fier d'être l'ami, c'est Harry Potin, autrement
connu sous le nom de Dominique GEFFRAY, ancien rédacteur en chef du Flash Transport. Son regard malicieux et intelligent mettait sur le grill les incapables, incompétents et autres prétentieux de
la profession.
Il faut relire un article de 2004 ou 2005 intitulé "L'inspectrice et les
poules" pour comprendre non seulement l'intelligence et l'humour de l'homme et surtout son amour des routiers.
D'autres m'ont appris le cynisme et les chausse-trappes de notre métier. Certains m'ont accordé
leur amitié. Les journalistes professionnels comme Natalie, Valérie, Slimane, Omri ou Michel et d'autres que j'ai oublié, sans parler des pros de la PQR, des radios locales de Radio Bleue ou
Vincent à Chérie FM ou les équipes de FR 3 Franche Comté.
Il y a aussi des permanents (tes) pour qui j'ai eu de l'amitié, pour certaines de la
tendresse.
Mais ceux qui me les ont fait aimer, ce sont les transporteurs eux-mêmes : Sophie, Murielle et
Norbert (pas le baron rouge), Pascal, Nabil, Max, Didier, Frédéric, Raymond, Carine et David, Angel, Olivier, Sylvain, Sacco, Bruno et bien d'autres qui m'excuseront de ne pas tous les
citer.
C'est aussi Raymond Cordier et sa prudence de terrien bourguignon, Jean Pierre
Ducournau qui a autant d'appétit que de truculence verbale.
Il y a enfin Jean Pierre MORLIN qui a usé sa santé et perdu son entreprise au service de
l'intérêt commun.
Et puis….et puis il y a les méchants avec leur petit manteau, leur petite auto, qui voudraient
bien avoir l'air et n'ont pas l'air du tout.
En 2004, une ambitieuse du Doubs s'était mise en tête de monter à Paris. En bon petit soldat,
je lui appris les bonnes manières, le plan du métro, s'exprimer en public et sinon lui apprendre à écrire ses discours, tout du moins à lire avec conviction ceux que je lui
écrivais.
Elle fut élue présidente nationale de l'UNOSTRA fin 2004 sur un programme résolument
volontariste et combatif au service des PME et TPE.
Mais la moquette épaisse des ministères est plus confortable que le lino de nos salons comme le
Champagne millésimé a plus de goût que le Crémant du Jura (c'est à voir).
Adulée par certains, elle se croyait un papillon exotique ne craignant pas les
projecteurs.
Toutefois, le jour vient où il faut payer le prix à celui qui vous a fait reine. Elue par les
"sans grades et les oubliés de la croissance" elle se met au service des puissants contre l'avis de l'immense majorité de ceux qui lui avait confiance.
Juste récompense…elle reçoit 6 mois plus tard la Légion d'Honneur !
Nombreux, les routiers quittent le navire pour ne pas être à la solde "un peu plus" de ceux qui
les assassinaient déjà à petit feu.
C'est grâce à ce nouvel afflux de transporteurs croyant à un syndicalisme patronal de combat
qu'OTRE fut reconnue en septembre 2009, ultime affront à celui qui croyait détenir définitivement tous les pouvoirs, y compris celui de changer les ministres.
Jean Pierre MORLIN fut le premier à passer sur le gibet. Des pancartes d'infamie couvraient un
corps meurtri et un cœur désespéré. Celui qui, avec quelques autres, avait créé et développé avec passion et compétence l'OTRE, celui qui avait pris tous les mauvais coups pendant 10 ans, devait
disparaître.
Le second qui devait être pendu haut et court (mais la tête et les jambes fonctionnent encore)
était Bruno ROUY. Président de PROMOTRANS, il avait l'idée "saugrenue" à rendre transparente le financement de la formation professionnelle.
Enfin, j'étais le troisième larron à être crucifié, après n'avoir cessé pendant 9 ans à
simplement défendre l'intérêt commun (bien ou mal, c'est une autre question), et trop souvent contre mon intérêt personnel.
Tous les prétextes furent bons pour me jeter aux loups : malversations et utilisation des fonds
du syndicat à des fins personnelles, gestion façon banqueroute de TRANSPLUS dont je n'étais ni gérant, ni même salarié. Et surtout, cerise sur le gâteau, agression physique avec dépôt de plainte
sur celui qui était censé me remplacer !
Ai-je une seule fois porté la main sur quiconque ? J'en suis bien incapable.
Ai-je une seule fois mis la main dans le pot de confiture ? Je me suis plus souvent débrouillé
pour le remplir
Après 4 ans d'insomnies, d'insultes et de chausse-trappes en tous genres, une péritonite
biliaire a eu raison de ma santé physique et la méchanceté des imbéciles et incompétents a eu raison de ma santé mentale.
Il aura fallu plus de 4 mois de procédure administrative pour que je reprenne ma liberté de
parole et la liberté d'écrire, 4 mois pendant lesquels la Présidente régionale que j'avais sollicitée pour prendre la place et mon futur successeur que j'avais moi-même présenté au Conseil
d'Administration se liguent et me portent le coup de grâce. Ironie de l'histoire, je comptais prendre du recul pour me consacrer à d'autres activités et ainsi alléger les coûts du syndicat. Mais
je dérangeais encore trop. De ceci, la justice en décidera.
De ces mois négatifs et douloureux qui auraient pu m'être fatales, de ces semaines de
réflexion, de l'accompagnement médical excellent et de l'amitié sur laquelle je savais compter, je suis convaincu que le temps de l'action va revenir.
Il n'y a pas plus dangereux qu'un animal blessé.
REVER LE TRANSPORT DE DEMAIN, ce n'est pas revenir avec les Etats Généraux du Transport à un
nouveau contrat de progrès dont on mesure le désastre 15 ans après.
Le TRM français est il définitivement condamné en dehors des grands groupes et des petits
marquis qui contournent allègrement les réglementations françaises et européennes sans crainte de CRSA et de Correctionnelle.
REVER LE TRANSPORT DE DEMAIN, c'est reconstruire un métier connu et reconnu, exercé par des
entreprises françaises et des salariés français.
Beaucoup de professionnels se retrouvent dans cette profession de foi. Il leur faut un peu de
courage pour sauver leur métier.
Devons nous définitivement sombrer devant SNCF-GEODIS, ND, DB SCHENKER, DHL, MORY et autres
groupes mondialisés ? D'un métier par essence transfrontalier, des solutions existent pour préserver nos petites entreprises et leurs dizaines de milliers d'emplois.
Les organisations patronales institutionnalisées aux financements opaques comme les
organisations syndicales financées par l'Etat et les collectivités territoriales ont trop peur de perdre leurs privilèges.
Seule l'OTRE a capacité à "retrouver" ce qui a fait ses fondations, à condition
qu'elle ne consacre pas son énergie créatrice et combative à chercher une poule aux œufs d'or qui reste trop bien gardée du côté du 17ème arrondissement.
Plutôt que les italiens voient rouler les slovènes, les allemands passer les ukrainiens et les
français l'Europe entière, les PME et surtout les TPE des 27 pays européens peuvent préserver l'avenir de leur métier en se réunissant pour construire une association qui n'ait qu'un seul but :
les servir simplement, naturellement !
Et si la TRO européenne existait, qui en pâtirait hormis les chargeurs, donneurs d'ordres et
autres commissionnaires, nouveaux esclavagistes de la route !
Routiers, je vous aime !
* Jacob Delafon : c'est Jacques Henry Garban qui m'avait expliqué l'expression. La couleur
de la marque de sanitaires est rouge et bleue, la même couleur que la Légion d'Honneur et la médaille du Mérite. En quelque sorte, les Jacob Delafon sont une caste supérieure chez ceux (et ils
sont nombreux) à croire mériter les deux principaux honneurs de la république.
Je connais heureusement des bénéficiaires qui ne les portent pas de manière ostentatoire.
Ceux là de manière générale les ont mérités.