La profession du transport routier a construit depuis des décennies des outils remarquables. Cette profession intelligente a toujours eu de
l'avance en matière sociale, preuve en est l'inflation d'organismes et d'associations dont on constate aujourd'hui les dérives dans leur fonctionnement.
Dénoncer ces dérives ne suffit pas à les éviter. Il faut bien entendu en rechercher les causes dans les Hommes et les structures qui les
commandent.
Les évènements récents dans le secteur de la métallurgie (affaire UIMM) démontrent que les dysfonctionnements que l'on constate dans notre
branche se déclinent dans beaucoup de métiers.
Un premier constat récurrent est que les professionnels se plaignent de leur perte de pouvoir. Ce phénomène est grave car c'est lui qui
conduit à des dérices volontaires ou involontaires des acteurs intervenant dans la branche.
On peut identifier 3 types de responsabilités :
- les professionnels ;
- les permanents salariés ;
- les structures elles mêmes.
Les professionnels
La présence de professionnels est fondamentale pour défendre les intérêts des transporteurs. C'est une évidence. Pourtant, il faut que ces
professionnels agissent dans l'intérêt général et non à l'aune de leur expérience d'entreprise, soient disponibles et compétents.
Non qu'il s'agisse de faire le procès de la compétence des professionnels. Toutefois, un dirigeant d'entreprise peut tout à fait être très
compétent dans la gestion et le développement de son entreprise et "se prendre les pieds dans le tapis" quand il s'agit de diriger un organisme de gestion de fonds ou une organisation
professionnelle au niveau régional ou national.
Par ailleurs, mener une carrière syndicale et une vie d'entreprise n'est pas simple surtout dans les petites structures où il n'existe pas de
délégation. Il est donc souvent incompatible d'assumer un mandat électif au sein d'une structure professionnelle et diriger une entreprise qui engage son patrimoine.
Incompatibilité dans la gestion du temps : le partage entre le mandat syndical et les impératifs quotidiens de l'entreprise est souvent
impossible et la disponibilité se dégrade.
Incompatibilité dans la prise de décision : les décisions à prendre qui engagent la profession peuvent être prises hors du champ de l'activité
professionnelle du transporteur ou bien générer des risques sur l'entreprise par réaction de confrères, des chargeurs ou de l'Administration.
compte tenu de cette exposition dangereuse, peu de professionnels s'investissent dans la défense des intérêts de la profession.
De plus, les dossiers à traiter deviennent de plus en plus complexes, le maniement des arcanes administratives imposent des compétences en
matière juridique, réglementaire que les professionnels ne maîtrisent pas forcément.
Ils doivent donc s'appuyer sur des permanents qui suivent les dossiers au quotidien et ainsi trouver un juste équilibre dans le duo
professionnel - permanent.
Enfin, le goût prononcé de certains partenaires sociaux et de l'Administration pour la "réunionite" conduit les professionnels a passer trop
de temps en séances stériles, souvent inefficances et improductives.
Au delà de ces difficultés factuelles, apparaissent les déviances humaines. Pour certains professionnels, ils ont la fâcheuse tendance à
s'habituer aux ors de la République et en viennent à défendre leur intérêt personnel au détriment de l'intérêt collectif pour obtenir des prébandes, des postes indemnisés et/ou des
médailles.
Le désir de pouvoir et de reconnaissance qui animent un certain nombre de professionnels élus poussent même certains à souffrir de paranoïa
qui les rend enclins à écouter plus leurs ennemis que leurs amis.
Enfin, pour ceux qui résistent au champagne millésimé et à la moquette épaisse, il existe le chantage, la vengeance, les moyens détournés pour
les briser personnellement et professionnellement.
Les permanents et salariés des structures
C'est sur eux que repose le fonctionnement des organismes et syndicats professionnels, tant au plan national que local.
Dans leur immense majorité, ils font preuve de compétence,de dévouement et d'un grand respect des intérêts des professionnels pour lesquels
ils travaillent.
Ils maîtrisent parfaitement les rouages institutionnels et ont une parfaite connaissance des textes régissant la profession. Il leur manque
souvent la connaissance du vécu de l'entreprise, encore que quelques permanents ont également été chefs d'entreprise.
Ces permanents fonctionnent "en meute". Ils se cotoient en permanence et s'inscrivent dans une logique d'institution en s'éloignant de
l'intérêt commun de la branche.
La nature ayant horreur du vide, certains permanents se sont octroyés le pouvoir sur les professionnels par l'absence de ces derniers à
prendre leurs responsabilités.
Les permanents deviennent ainsi incontournables dans le dispositif en maîtrisant les leviers nécessaires dans l'action des
professionnels.
On le voit bien. Il ne s'agit pas de dénoncer les uns au bénéfice des autres et inversement. C'est bien l'absence d'une complémentarité entre
permanents et professionnels qui pose problème.
Je ne parlerais pas là de certaines déviances pouvant conduire des permanents à "éliminer" les professionnels en particulier dans les
structures où les indemnisations peuvent être confortables.
Les organismes professionnels
La représentation professionnelle défaillante résulte enfin de la logique propre des organismes professionnels.
Les lieux de convergence des déviances constatées ci dessus se situent dans les structures professionnelles qui décident de la politique de la
branche.
Ainsi dans bon nombre de structures, les professionnels actifs sont marginalisés.
Par exemple à l'OPCA Transport, on recense 18 membres patronaux dont 11 sont des permanents, 3 des transporteurs retraités souvent depuis
longtemps, 3 membres de l'UNOSTRA dont la présidente qui n'est plus transporteur. Il n'y a en tout et pour tout qu'un seul professionnel en activité.
Autre exemple : lors de la séance qui devait statuer sur l'intégration de l'OTRE au sein de cette structure, aucun professionnel ne
siégeait.
Le président patronal de la CNPE est un permanent de l'UFT dont le siège est dans les locaux de l'AFT (la boucle est bouclée) !
L'AFT ne déroge pas à la règle (voir articles précédents) pour permettre au "permanent président" de manoeuvrer son conseil d'administration à
sa guise.
Les structures quittent donc une logique professionnelle pour s'inscrire dans une logique de développement interne où les professionnels de la
branche sont marginalisés quand ils ne sont pas exclus tout simplement.
L'organisation de la FCO sur 5 jours avec les conséquences que l'on connaît pour les entreprises et les salariés procèdent de ces logiques
internes qui ne tiennent pas compte des intérêts de la profession.
Y a t il des solutions ?
Bien entendu et heureusement.
Premièrement, instituter un mode de fonctionnement évitant autant que faire se peut les dérives dénoncées plus haut.
Cela passe par une implication plus importante des professionnels dans le fonctionnement des structures nationales ou territoriales, non pas à
coup d'opérations de petits potentats et d'actions dont les conséquences sont parfois désastreuses mais en créant un véritable équilibre et un véritable respect entre professionnels et
permanents.
De ce point de vue, le fonctionnement interne de l'OTRE tend à se rapprocher de cet idéal. Dans les commissions nationales paritaires par
exemple, il s'agit toujours d'un duo professionnel - permanent. C'est d'ailleurs ce duo qui donne encore plus de pertinence aux propositions de l'OTRE.
Deuxièmement, il faut rendre de la transparence à tous les dispositifs.
A titre d'exemple, en matière de formation, l'OTRE a proposé la création d'un Conseil Supérieur de la Formation Professionnelle chargé de
vérifier et contrôler l'action de chaque acteur de la formation (financement, pédagogie, validation et organismes de formation) et surtout définir par des professionnels la politique de formation
globale de la branche.
Pourquoi ce projet, séduisant aux dires de bon nombre de partenaires sociaux, n'a pas abouti ? ....cherchez à qui profite le crime !
Troisièmement, il faut éviter, voire interdire les mandats croisés. En effet, ce sont souvent les mêmes qui siègent dans les organismes
dépensiers et les structures de contrôle. Difficile d'être objectifs non ?
Il en est de même dans les négociations paritaires. Il ne peut plus être toléré que certains membres et non des moindes soient juges et
parties.
Si l'OTRE est un caillou dans la chaussure de pas mal de monde, c'est bien parce que cette organisation veut faire bouger les lignes et faire
cesser des comportements (j'avais un mot d'origine italienne sur le clavier) au seul bénéfice de quelques uns.
Notre profession est un métier d'avenir, n'en déplaise aux chantres écologiques. Faisons ensemble le ménage de nos fonctionnements internes
pour construire tous ensemble sans exclusive et à égalité une représentation forte de nos métiers pour construire le transport de demain.